
Périgord : Terre de traditions
Fulbert-Dumonteil (1831-1912) E
Enfant de Vergt, vieille cité
comtale au cœur du Périgord. C'est pourtant à Paris, qu'il atteignit la gloire
littéraire et gastronomique en publiant de fines chroniques ou des ouvrages sur
l'art du bien manger. Mais cet homme jovial, avenant, plein de bonté, ne se
contenta pas d'aligner des recettes mille fois ressassées. Trempant sa plume
épicurienne dans l'encre des marmites d'autrefois, il offrit, aux lecteurs et
aux gourmets, un florilège de textes poétiques qui sentent bon le fumet des
plats magnifiant le terroir de sa douce enfance. En effet, bien que pris dans le
tourbillon de la Belle Époque, il n'oublia jamais sa terre natale et ce qui fit
la renommée de cette belle province :
"La soupe d'ici, affirmait Fulbert Dumonteil, c'est mieux qu'un potage, c'est un dîner, c'est un régal" C'est ici, c'est un terroir bien vivant. On y trempe la soupe. un rituel qui ouvre le repas. Du plus grand au plus simple, les effluves remontent, l'odorat et le goût ne font qu'un. Pas un mot. Le choc de la cuillère, et cette longue aspiration, pour manger chaud sans se brûler la langue.
Bien sûr, vous ferez chabrol. Je n'en fait décret. je le tiens néanmoins pour presque obligatoire. Surtout quand le bouillon est gras. dans le fond de l'assiette, il reste quelques cuillères. Avec des yeux qui vous sourient. La bouteille de vin rouge est déjà sur la table. Servez une belle rasade. Remuez un instant. Et buvez, à même votre assiette. Un grand geste de l'avant bras pour en essuyer vos lèvres.
Ravigotante coutume. Un vieux médecin de mon quartier n'hésitait pas à la prescrire sur chacune des ordonnances.

Quand je mourrai , je donnerai un sourire au vent qui passe ; au flot qui chante , au soleil qui brille ;
je donnerai mon cœur à ceux que j'aime et je laisserai tomber une larme dans le verre qui m'aura consolé…
Fulbert DUMONTEIL
" Notre histoire se passe à Vergt en Périgord .
Une pauvre vieille femme, mourant de fatigue et de faim, s’arrêta un jour devant
la cabane d’un bûcheron ; celui-ci l’accueillit charitablement et lui donna une
belle pomme de terre qui finissait de cuire sous la cendre.
C’était là tout le souper de ce bûcheron, plus pauvre encore que celui de La
Fontaine.
Tout à coup, un éclair illumina la cabane, et la vieille mendiante se trouva
changée en une belle dame toute couverte de pierreries." Je suis, dit-elle au
bûcheron, la fée du Périgord ; tu as été touché par ma misère, sois-en
récompensé. "
Et elle frappa de sa baguette d’or la pomme de terre qui devint aussitôt noire
comme l’ébène et parfumée comme la rose.
" Va, continua la fée, cours à ton jardin, tu le trouveras plein de ces pommes
précieuses dont personne ne connaîtra jamais la graine ; c’est un trésor que je
te donne. "
Elle dit et s’envola par la cheminée sous la forme d’une étincelle.Le bûcheron
courut au jardin, fouilla la terre et resta émerveillé ; partout les pommes de
la fée venaient s’épanouir en bouquets odorants, au milieu des violettes et des
marguerites. Il choisit les plus belles et les porta au curé du village qui,
charmé de leur goût autant que de leur parfum, en expédia une corbeille à un
chanoine de Périgueux, son protecteur ; celui-ci trouva ces pommes noires si
délicates qu’il en offrit à son évêque, qui, à son tour, en envoya au Pape. Au
bout de fort peu de temps, la pomme de la fée fit la fortune du bûcheron. Il
mourut en laissant à ses enfants d’immenses richesses ; mais ceux-ci ne
regrettèrent pas leur père, parce qu’il avait été bûcheron et qu’ils en
rougissaient ; ils firent bâtir de beaux châteaux, ne sortirent plus qu’en
carrosses, et devinrent si violents, si cruels, qu’une pauvre vieille femme leur
ayant un jour demandé la charité, ils la firent battre par leurs valets.
Mais comme la vieille était la fée, leur bienfaitrice, les pommes précieuses
s’enfuirent du petit jardin, malgré le mur qui l’entourait, et se dispersèrent
dans tout le Périgord.
Quant aux fils du bûcheron, ils furent, dit-on, changés en porcs et condamnés à
chercher les pommes de la fée, avec des coups de bâton sur les oreilles pour
tout salaire et toute récompense.
Voilà, à peu près la légende de la Truffe du Périgord, telle qu’on la raconte
par chez nous.
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