Plus précisément : des
hommes et des femmes, gaulois (ses) ou mérovingiens (nes), se sont
arrêtés dans cette verte vallée, au bord du ruisseau "Le Vern" tout
bordé de vergnes, ils y bâtirent leurs maisons. Cette terre de
marécages, dus au retrait des océans, période du crétacé supérieur,
était une terre hostile, où se regroupa toute une population
profitant du premier remembrement connu du XIIe siècle, pour y
fonder une communauté et ériger une paroisse en l'honneur de Saint
Jean, en l'an 1156.
Cette vallée au riant petit
ruisseau aurait également pu porter l'appellation de « vallée des
vergnes ». Ces hommes et ces femmes s'installèrent là, comme pour y
vénérer ces eaux de terre promise
« le Vern ». L'étymologie
du nom de Vergt proviendrait de ces arbres, les vergnes, croissant
le long de ce ruisseau, et au vert, couleur dominante de l'endroit.
Le nom « Vergt » reprend le g en référence au vergne et le t pour la
couleur. C'est ainsi que se forma au fil du temps, l'orthographe de
Vergt.
L'analyse raisonnée du plan
parcellaire, d'après les recherches et écrits de M. Fournioux,
recense deux anciens peuplements réunis autour de deux églises
rurales ayant exercé des fonctions paroissiales : Saint-Jean de
Vernhe et Sainte-Marie de Vernhe. Le patronage de ces deux églises
et leur proximité immédiate sous-entendent l'existence d'un
baptistère d'origine mérovingienne.
La toponymie semble
attribuer une antériorité d'existence chrétienne à Saint-Jean, parce
que l'apparition des paroisses mariales date plutôt des Xème et
XIème siècles. La mention la plus ancienne de la paroisse de
Sainte-Marie remonte à 1273 alors que l'église de Saint-Jean est
signalée en mai 1156. Ces deux centres paroissiaux ne sont séparés
que par quelques centaines de mètres et reliés entre eux par une
voie de communication inscrite en rupture de pente d'un versant de
colline. L’implantation particulière de cette voie de communication
confirme l'existence des marécages qui interdisaient tout passage
par la voie basse.
A été trouvée, en 1884, (shap)
1899 p. 106) une monnaie d'or de l'empereur Romain Titus, ainsi
décrite par M. Barrière dans son ouvrage « Vesuna Pétrocoriorum »: à
l'avers T CAESAR IMP VESPASIAN, tête laurée à droite ; au revers,
COS V, vache allant à gauche; cette superbe pièce rare se trouverait
au British Museum.
M. Laterrière de Mourne a
découvert, près de chez lui, une hache en bronze (photo p. 4)
authentifiée par M. Chérillot en 1987. Ce superbe outil daterait de
la fin de l'époque du bronze, environ 500 ans av. J.C. (musée du
Périgord), et serait preuves de l’existences de peuplement ou de
passage bien avant la période connue de la parrochia eclesie.

L
'origine
du développement de Vergt et la cause de son importance comme
chef-lieu régional doivent être recherchées dans la création de la
bastide comtale, fondée par Archambaud III comte du Périgord. C’est
sous le règne des Plantagenêt (alors au Royaume d'Angleterre) que
furent accordées, le 26 mars 1285, les fameuses coutumes de Vernh
qui comportaient 39 articles. Elles furent complétées de 45 autres
articles par le comte Hélie VIII, en 1299, pour mieux rentrer dans
le giron Plantagenêt (5). Le but poursuivi était essentiellement
économique: créer un nouveau peuplement et ainsi une nouvelle source
de profits, sans objectifs militaires. Vergt ne sera jamais fortifié
mais simplement protégé par un château fort (castrum).
Extraits du courrier du
vendredi 8 août 1997. A.D.D. PRE 380.
La bastide comtale de Vergt
abritait, au milieu du XIVème siècle, 189 foyers parmi lesquels 155
étaient soumis à l'obligation d'une redevance comtale, « reddita »,
versée chaque année aux fêtes liturgiques de la Saint Barnabé,
Saint-Jean et Noël, directement au comte qui résidait au château
(castrum
de Vergt).
(5) : Ralliement du comte de Périgord au roi d'Angleterre, le 18
décembre1287.
La ville au Moyen âge
Durant les onzième,
douzième et treizième siècles, les habitants des campagnes furent
naturellement attirés par la ville ou les villages. Même si le
dixième siècle célébrait la fin des invasions, les gens s’y
sentaient plus en sécurité. Vergt n'était pas une ville fortifiée,
mais simplement protégée par une puissante forteresse, avec deux
fossés et pont-levis, pour en assurer sa défense. Les activités
économiques restaient liées au travail de la terre, et la ville y
facilitait les échanges commerciaux.
Le village de Vergt
n'échappera pas aux grandes épidémies liées au manque d'hygiène et
aux conditions de vie difficiles et parfois malsaines.
L’urbanisation et l’attrait
de la vie urbaine furent naturellement encouragés par les libertés
dont pouvaient bénéficier les citadins, en raison des chartes ou des
coutumes souvent confirmées par un écrit signé par le seigneur
local. Ces nouvelles libertés délivraient de la tutelle du seigneur,
du service militaire et des corvées, tout en reconnaissant le droit
aux bourgeois de voyager et de tenir marché.
Comme l'avait voulu le
comte du Périgord, Archambault III, le village de Vergt favorisé par
sa situation géographique au cœur de la forêt, fut maître de sa
défense, de sa justice, et de son économie. Il est donc facile
d'imaginer l'attrait qu'exerçait un bourg sur les paysans qui
pouvaient s'affranchir en quittant la servilité du monde rural pour
un monde urbain beaucoup plus libre. Ce nouveau statut de liberté ne
s’acquérait qu’après plus d'un an et un jour de présence en ville.
La bastide de Vergt, telle
qu’elle fut créée sous les Plantagenêt, se situait entre l'actuelle
place Saint-jean et l’église Sainte-Marie ; un document cadastral de
1829 met d’ailleurs excellemment en valeur le plan en damier
d’origine.
Vergt, bastide comtale,
reconnut tour à tour et alternativement, l’autorité du roi de France
ou celle du roi d'Angleterre. Depuis le milieu du XIIe siècle et le
mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri Plantagenêt, roi
d'Angleterre, après qu’Aliénor ait été répudiée par le roi de France
Louis VII, Anglais et Français se disputaient les marches de
l'Aquitaine, et notamment le sud du Périgord. Ainsi, jusqu'à la fin
de la guerre de Cent ans, soit pendant près de trois cents ans,
Vergt se trouvera dans une zone ou une autre, bon gré mal gré, au
hasard de la fortune des armes, pour l'intérêt immédiat des grands
ou des petits seigneurs.
M. FOURNIOUX a découvert,
aux archives de Pau, un document de qualité exceptionnelle pour
l’histoire de notre ville : le censier de VERGT datant du milieu du
XIVe siècle. Il ressort de ce document tel que son inventeur l’a
écrit que la bastide comprenait : deux rues longitudinales, la
grande « carreria » et la petite « carreria » encadrant la place
centrale, le « mercadial », de soixante mètres de coté. S'y ajoutait
une rue parallèle préexistante, appelée Sainte Catherine (c’est
l’actuelle rue de la Chaminade), seule voie de communication
antérieure à l'existence de la bastide.
Au XIVe siècle, Vergt était
doté d'équipements importants, comme l'indique le plan ci-après : un
moulin hydraulique, un pressoir, un four à pain, une pêcherie dans
un étang naturel qui avait résisté à l'assèchement des marécages,
précisément où se trouve l’emplacement de la mairie actuelle.
L'agglomération comptait deux prêtres, deux clercs, cinq bouchers,
un meunier et un forgeron.
L'ensemble était protégé par un château
fort édifié, vers 1290, à proximité du village de Saint-Jean au
lieu-dit « le château vieux » ; des document indiquent sa
construction sur ordre d’Edouard 1er, roi d'Angleterre. L’existence
de ce château fut brève parce que soumise aux différents et
fréquents traités ou conflits entre l'Angleterre et la France.
Finalement, ce château sera détruit en 1399, sur ordre de Charles
VI, roi de France. De cette bastide, il ne reste rien d’autre que le
nom, mais son existence apparaît encore dans le plan d'urbanisme de
manière bien caractéristique, enserrée dans ses limites très bien
respectées et encore visibles de nos jours.